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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 16:54

En hommage à Jean-Paul Larroque

Jean-Paul Larroque

Jean-Paul Larroque

La rencontre des Cent Cols 2014, gardera un parfum particulier. Outre le fait que c’est un rendez-vous sympathique et convivial ; il permet à chacun de participer selon ses possibilités et son humeur. Pour ma part c’est avec un groupe d’amis, cyclos randonneurs flâneurs, mais pas que ! D’autres se retrouvent pour vivre, le temps d’un week-end une escapade automnale à la découverte de nos Pyrénées. Pensé depuis de samedi d’octobre 2012 ou j’ai vu Jean-Paul, pour la dernière fois au Moulin de Lauga, dans la vallée du Salat. Ce texte ne supporte pas la comparaison, avec ceux de Pierre Roques lorsqu’il compte ses nombreuses ascensions au Port d’Aula. Mais, avec la disparition de Jean-Paul dans ce lieu mythique, il prend pour moi un sens bien particulier.

Cette idée lancé à mes amis, quelquefois perplexes à ces envolées de paroles, que d’aucun imagine bien plus difficile, voire impossible dans les faits, prit forme ce samedi précédent notre rencontre au Cot de Cominac. Basé à Seix, notre petit groupe suit le Salat qui nous accompagne jusqu’à Couflens. Les brumes ouatées de la rivière s’élèvent avant que nous ayons atteint l’entrée de Couflens. Les parapets du pont qui enjambent la rivière, accueillent nos randonneuses le temps d’un effeuillage vestimentaire. Nous sommes bien au pied de la montée vers le col de Pause. Marie et « Yoyo » ont choisis le VTT pour monture, tandis que Michel, Guy et moi faisons confiance à nos « Follis ». Anthony sur sa « Guylaine », caracole depuis le départ en tête de notre groupe pour nous offrir un souvenir vidéo de cette montée. Il en sera de même durant les dix-huit kilomètres d’ascension. Pour moi, même si je fais quelques photos, j’ai de plus en plus de mal à prendre mes amis de face. Mon allure de croisière, et mon émerveillement devant un tel spectacle, sont autant de ralentisseurs à un rythme qui ne supporte plus les excès.

Passé la petite chapelle et le hameau de Rieu, la route se transforme en piste un kilomètre plus loin. Le revêtement autorise encore à rouler, tandis que la pente rend la pratique difficile. L’alternance de quelques haltes et de coup de pédales encore efficace nous hissent jusqu’au Col de Pause, le bien nommé. Le Mont Valier s’est déjà paré des couleurs mordorés du soleil. Les chasseurs sont déjà de retour des premières traques à l’isard. Pas un coup de feu ne troublera le silence jusqu’à la cabane d’Arreau. Ce sera tant mieux pour les Isards. Ici commence la zone pastorale, les premiers étangs, les troupeaux bien gardés et les animaux en liberté.

Le Col de Pause

Le Col de Pause

L'étang de Prat Matau

L'étang de Prat Matau

Les crocus et le Mont Valier

Les crocus et le Mont Valier

Nous ne sommes pas les premiers, les randonneurs pédestres sont déjà là. Devant nous se dresse la piste en lacets serrés ; sera-t-elle cyclable ?  Marie et Yoyo se rapprochent, le groupe éparpillé semble un instant se regrouper. Anthony a déjà disparu au-dessus de nous. La piste est carrossable, mais la pente ne lâche rien. Nous voilà maintenant à l’étang de Prat Matau, où des randonneurs nous font la causette et s’étonnent quelque peu de voir des « vélos » en cet endroit. La piste se dégrade et ajouté à la pente, nécessite de temps à autre un peu de marche à pieds.

Le Valier omniprésent apparaît plus près, au détour du chemin, au même moment que nous atteignons la cabane de Courbe. Le col du même nom, lui est au-dessus et ne nous verra pas aujourd’hui. En revanche dans le vaste pâturage en bas de la Cabane, les Cols de la Bouche d’Aula, et du Couret des Etangs, nous attendent. Ce sera au retour, si nos jambes le permettent. A partir de ce moment, la piste change d’aspect. L’herbe encore verte dissimule des cailloux, plus gros, tandis que des ornières, sans doute dû au 4x4, rendent la progression plus difficile.  La fatigue se fait sentir, Anthony et Yoyo ont pris le large. A la descente nos amis pédestres, Michel, Viviane et Suzanne sont déjà sur le chemin du retour. Bientôt 13h, et les derniers hectomètres de l’ascension. Quelques crocus jalonnent les pierriers qui ont pris la place des espaces herbeux. La côte des 2000 m est déjà franchie. Un large passage apparaît dans la masse rocheuse, il faut encore lever la tête pour voir nos comparses déjà rendus. C’est un groupe de quatre CRF qui arrive maintenant au Port d’Aula ; la montée aura duré trois heures et demie, pour atteindre les 2260m. 

Une belle piste ...cyclable

Une belle piste ...cyclable

La cabane d'Arreau

La cabane d'Arreau

Une piste bien en lacets (on aime..!)

Une piste bien en lacets (on aime..!)

La borne frontière avec l'Espagne

La borne frontière avec l'Espagne

Rencontre avec un cheval sauvage ?

Rencontre avec un cheval sauvage ?

Je vois maintenant cette pierre couché au pied de la borne frontière,  celle qui a vu Jean-Paul continuer seul l’ascension. J’imagine ses amis Jacques et Nicole, désespérés de ne pouvoir trouver un secours immédiat en ce lieu, étreints par l’impuissance… et le désespoir, que leurs yeux remplis de larmes, ne trahirons pas le soir au retour…..Je ne sais que faire et je tourne autour, comme un animal avant de m’y asseoir à mon tour, le cœur serré, le regard tourné vers les cimes.

De l’autre côté, l’Espagne, sans route ni piste. Un petit sentier s’en va vers la gauche, il rejoint le Col de Salau et son village, mais là c’est une autre histoire ! Le pique-nique englouti, chacun se lance dans la descente. Une nouvelle appréhension dans la tête, pourrons-nous descendre sur nos machines. La roue avant joue avec les obstacles. La guide-t-on vraiment ; je ne crois pas. De droite à gauche, à moins que ce ne soit le contraire, je me contente d’éviter de passer sur les cailloux les plus gros. C’est ce moment en ce lieu où poussent les crocus, sous la protection du Valier et du Pic de Montau, que cette montée prend toute sa splendeur. Je pourrais aussi comprendre ici ce que fut la quête du botaniste Marcel Saule, parent éloigné de mon épouse, lorsqu’il préparait  « la Grande Flore illustrée des Pyrénées ; et comment, parti à la recherche d’une plante endémique des Pyrénées, le Polygala de Vayreda, il l’a trouvée sous la serviette sur laquelle il se disposait à poser son casse-croûte. »

Le valon d'Aula et la cabane de Courbe

Le valon d'Aula et la cabane de Courbe

Le sentier de la Bouche d'Aula

Le sentier de la Bouche d'Aula

Le Polygala Veyradae (photo internet)

Le Polygala Veyradae (photo internet)

La Cabane de Courbe, les lacets, le lointain Col de Pause ; le soleil inonde encore les montagnes. Tandis que certains sont déjà loin, d’autres flânent, à moins qu’ils négocient prudemment la descente. Anthony est déjà loin; au bénéfice d’un lacet je l’entrevois bien plus bas ; m’entendra-t-il ? « Nous allons passer par la bouche d’Aula ! ». Oui pensais-je; mais il n’y a pas de sentier depuis la piste d’Aula. Tandis que je négocie ma descente, je le vois plus loin, minuscule, qui disparaît entre les rochers et les herbes plus hautes, il m’a entendu, il a quitté la piste. A mon tour je cherche un passage dans un chaos de rochers, puis une sente étroite marque un passage qui se dirige vers le pâturage. Un panneau de bois, indique le GR et la Bouche d’Aula. La Cabane de Courbe est bien plus loin, nous suivons la sente, trace des randonneurs pédestres et du GR. Il n’y a pas la place du vélo et du cycliste côte à côte. Seule solution remonter sur le vélo ; et gare aux pédales qui touchent le côté le plus élevé du sentier ! A gauche ce dernier se faufile dans un passage plus étroit, jalonné par un mince filet d’eau. La vue se dégage à droite sur l’étang de Prat Matau, nous sommes au Couret des étangs. Il faut désormais remonter le sentier pour le retrouver la cabane de Courbe, mais le sentier disparaît. C’est dans la prairie que nous contournons la Cabane, en chantier ; descentes et montées se succèdent entre les rochers. Les coupe-vent fluo de Guy et Michel apparaissent sur la piste principale Nous reprenons la descente vers la cabane d’Arreau. Anthony marque une pause à l’étang de Prat Matau pour un câlin avec les chevaux ! La descente sera rapide vers le col de Pause où un dernier arrêt autorise un regard sur le Mont Valier. Trois à quatre kilomètres plus bas c’est la limite du goudron ou un éclairage particulier met en valeur ce coin d’Ariège. A partir de Couflens, Marie, mène bon train et presque trop rapidement voilà Seix et ses maisons colorées. Une petite route buissonnière nous ramène à notre gîte, la tête pleine de souvenirs !

Les lacets d'Arreau

Les lacets d'Arreau

Le soleil se couche sur un coin d'Ariège

Le soleil se couche sur un coin d'Ariège

Voilà Jean-Paul, nous voulions te dire bonjour. La montée ne fut pas facile pour nous ; alors que toi tu es allé encore plus haut !

Notre plaisir fut ton plaisir, c’est pourquoi nous voulions partager cet instant avec toi. La découverte des grands espaces, les rencontres, et la pratique du cyclotourisme en autonomie, dans sa plus simple expression. J’ai connu ta sœur à Lautrec pour la concentration qui porte désormais ton nom. C’était un jour magnifique, le soleil, les amis et ton sourire dans les yeux de Marie-Claude…. !

Pilou

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commentaires

L
Bel hommage à vôtre ami, par tout ce ressenti...Très belles photos !
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