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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 10:56
Pierre Roques, le cyclotouriste photographe

Pierre Roques s’en est allé sur la route des plus haut sommets. Je l’ai connu dans les années 80, lorsque la Fédération (FFCT) grondait sous les clins d’œil mercantiles du monde moderne. Son œil malingre et son verbe résonnait dans les amphithéâtres comme la voix d’un seigneur. Le verbe, et la grammaire parfaits, ne laissait aucun doute à sa pensée.

 

Je n’ai pas connu son passé avant cette période, mais à ces instants qui succédaient à mes débuts cyclotouristes, je compris que j’avais maintenant un fil conducteur; pas de comparaison possible, certes, mais une méthode, une science devrais-je dire. Ses écrits non plus ne laissaient pas de place au doute, pas plus que ces images magnifiques, qui vous donnaient l’envie de chevaucher votre fier destrier dès les premiers instants. « Du Soleil dans mes Rayons », « Cyclotourisme, le vélo Autrement », deux ouvrages qui expriment le ressenti parfait du cyclotourisme.

Après les salutations amicales et quelques souvenirs choisis, le voilà calé dans un coin d’esplanade, sur un rocher pour un pique-nique improvisé avec son épouse Micheline. Rien de superflu, le vélo, l'appareil photos, l’indispensable nécessaire dans les sacoches, notre cyclo n’improvisait pas beaucoup. Le rythme de pédalage parfait, la route se déroulait sous sa randonneuse, quel que soit la pente ; quel que soit le temps; à peine ponctué d’arrêts bien pensé pour tirer son appareil photos et figer pour l’éternité un coin de paysage que l’on retrouverait plus tard dans un de ses ouvrages.

Je n’ai pas beaucoup roulé avec Pierre, mais j’ai encore vivace le souvenir du Circuit des cols basques 2003, où nous avions, avec nos épouses, tous les quatre passé une journée mémorable, sur ces pentes abruptes du Pays Basque. Monter côte à côte, à regarder passer ces cyclos que nous retrouvions plus loin, exténués ou en apnée dans les passages les plus rudes. Le mot rare, la pédalée tranquille et régulière, je ne pouvais rien dire. Seules les pauses photos ou ravitaillement étaient un enchantement d’écouter les impressions du « maître ». L’année suivante c’est au Buisson de Cadouin que nous roulions de consert avec les amis du randonneur. Pierre fut victime d’une crevaison, et la réparation un instant rare ou le poète et l’écrivain fut aussi à l’aise dans l’exercice mécanique.

Au fil des rendez-vous des Cent cols ensuite, nous nous retrouvions régulièrement. Le temps des congrès bien loin, le verbe avait laissé la place au bonheur du regard vers les cimes et les sommets les plus proches. La casquette blanche indéfectible accessoire, la silhouette svelte, descend aussi bien qu’elle monte. La trajectoire est fluide, l’itinéraire enregistré, les arrêts millimétrés, la randonnée peut durer des heures et des jours.

Il aurait pu écrire la chanson de Jean Ferrat, « la Montagne ». Ses Pyrénées et plus particulièrement le Comminges qu’il a tant aimé, nous reste comme une trace et un inoubliable album photos. Nous n’y croiserons plus le cyclotouriste impeccable et sûr, mais un ange bienveillant, malicieux, dur et tendre à la fois, la roue à suivre pour arriver à bon port.

Merci Pierre…

Michel Ponchet

 

« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
« Une figure, nous quitte,
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